10 mars 2010

Extraits

"Une grande partie de mon être était tordue, enfouie, enroulée sur elle-même, comme un écheveau de laine emmêlé dont on a perdu le bout. La grande confusion avait commencé avant ma naissance. Elle alla empirant. Quand je fus plus âgée, je m' aperçus vaguement qu'il y avait en moi une déchirure entre la tête et le coeur."

 

"Ma famille était anormalement gentille. Papa et maman se conduisaient avec prévenance l'un envers l'autre. Ils ne se disputaient jamais. L'atmosphère était froide et cependant l'orage couvait toujours. La violence et la colère se cachaient derrière nos plaisanteries. Vus de l'extérieur, nous formions une bonne famille. Une famille heureuse, sans histoire."

 

"En 52, on m'emmena à Londres en hôpital psychiatrique. On me donna de l'insuline, on me bouscula pour me faire bouger, puis on me fit des électrochocs. On me mit dans une cellule capitonnée. J'étais dans le service des chroniques. Il semblait que j'étais incurable. Rester ici pour toujours, folle. J'acceptais sans espoir, ne désirant qu'une chose : rester tranquille, couchée dans le lit.

Puis un jour, une infirmière entra dans ma cellule. Elle me dit doucement : "Voulez vous venir avec moi, vous allez voir un autre docteur. Il visite l'hôpital. Il s'appelle Dr Werner. Il me sembla que quelque chose s'éveillait en moi."

 

"J'emménage à Kingsley Hall. Mes malles arrivent. Nous entassons tout dans la chambre à coucher. Pourquoi Ronnie n'a pas écrit à mes parents et à Peter pour les faire venir ? Je ne comprends pas. C'est la maison qu'il faut à notre famille de schizophrènes. Toute la famille doit être là pour guérir elle aussi. Je n'ai jamais vraiment l'occasion de discuter sérieusement des problèmes avec Ronnie. Tout va trop vite !

J'entre, j'entre dans la folie. J'ai très peur mais je sens que je vais quelque part."

 

"C'est une boîte ronde pleine de craies grasses que Joe m'a donné. Je fais toutes sortes de gribouillis. Des images émergent des gribouillis. Le rouge est merveilleux. Je passe mes journées à crayonner. J 'ajoute des textes à mes dessins.

Les peintures envahissent la maison à toute allure. L'odeur de la peinture. La peinture que je sens sur mes doigts, la surface que je touche, ma main plongée dans les flots de peinture, je sens une courbe, une ligne. Je danse intérieurement quand mes doigts remuent dans la peinture montent et descendent instinctivement dans le vert, le bleu, le rouge et le brun. La couleur. Elle semble se mélanger, se rencontrer, s'estomper. Elle est chaude, elle est froide. La colère, la peur, la haine, l'amour, tout est là contenu dans la couleur. Un débordement d'énergie. La peinture naît, change, bouge. L'essence du monde qui se répand par les yeux de l'âme.

A présent je me lève et recommence à circuler dans la maison".


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